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- Ce sujet contient 4 réponses, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par
Blue Guitar, le il y a 13 années et 2 mois.
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25 juin 2011 à 0h54 #123454
Blue Guitar
ParticipantJ’ai continué à travailler depuis le début. Si tout s’est bien passé au début grace à l’aménagement de mon poste de travail, les choses se sont gatées au bout d’un an de traitement. Il faut dire que je bénéficie d’une autorisation d’un expert pour deux jours de congé longue maladie fractionné le lundi (jour de mon injection ) et le mardi. Petit à petit, le travail n’arrivait plus jusqu’à mon bureau aménagé au fond d’un couloir.. J’ai été mise à l’écart et je ne faisais plus rien de la journée. J’en ai perdu mon moral et je n’avais plus envie de rien.
Alors, je suis montée au créneau, surtout que mon médecin m’a toujours encouragée à poursuivre mon travail si j’en ressentais le besoin et la force. J’ai demandé à reprendre ma place et cela n’a pas été facile. Il y a eu des refus, des cris, des interprétations sur ma capacité de faire les choses, des larmes cachée seule dans ma voiture, des révoltes… Une incompréhension totale ! J’ai décidé, avec ou sans autorisation, de me remettre dans mon bureau au premier étage. Ma collègue qui s’était sentie lésée elle aussi par la fait que l’on me fasse descendre au rez de chaussée en a été très contente. J’ai cherché du travail là où il y en avait.
Cet épisode qui n’est peut être pas encore clos a été très éprouvant pour moi. Depuis quelques jours je me sens mieux. Je réussirai à reprendre ma place qu’on le veuille ou non. Seule mon médecin pourra me l’interdire parce qu’à ce moment là, ce sera préjudiciable pour ma santé.
Ne vous laissez pas faire ! Et comme le dit le spot publicitaire, nous ne sommes pas des cancers, nous vivons avec et nous y arrivons très bien ! Le travail n’est pas pas aussi quelque part la santé ?
25 octobre 2011 à 19h37 #123537Blue Guitar
ParticipantDu nouveau dans ma lutte pour me maintenir dans le monde du travail. Je peux vous dire que c’est très très dur. Même si je travaille dans le milieu médical. Les oncologues ont bien compris que continuer à travailler, quand on peut le faire bien sûr, ce n’est que du bénéfice pour nous. D’autres personnes se sont mis des oeillères.
Vivre presque normalement. Conserver un rôle social. Me préparer pour partir au travail, quel bonheur pour moi. Je me douche, me coiffe, me maquille, m’habille. Comme avant, même si le Sutent m’a subtilisé beaucoup d’énergie. Je fais tous ces gestes importants dans la vie d’une femme. J’accompagne en voiture ma fille au collège. Je retrouve mes collègues de travail. La fameuse machine à café où on commente l’actualité, les petites histoires du service, les petits soucis du quotidien, les grands bonheur comme le mariage d’une fille ou la naissance d’un petit. Et puis je continue d’aller au restaurant avec des amies, je fais les magazins, je fais des photos des endroits que j’aime… et j’en oublie.
Et puis, travailler, c’est ouvrir sa boite mail et voir qu’on a du courrier. Y répondre. J’existe donc encore !
Pourquoi certaines personnes conservent tous ces à priori sur les cancers ? Sans doute sont-ils très mal informés ? Ou ont-ils les yeux fermés ? Pourquoi continuent-ils à nous isoler ? Pourquoi pensent-ils savoir ce que notre propre corps, notre esprit est capable de faire ou de ne pas faire ? Pourquoi encore sont-ils persuadés que notre maladie nous interdit forcément tout ce qui nous relie au vivant ?
Toutes ces questions me laissent dans un vide total. Je n’ai pas de réponse tout simplement parce que j’ai depuis le début essayé de vivre avec cette terrible maladie. J’ai refusé de baisser les bras parce que ces nouveaux traitements, même s’ils sont fatiguants, nous permettent de vivre tout simplement. Le danseur étoile Patrick Dupont, qui a connu une descente aux enfers monumentale a dit à peu près ça : "Quand on traverse une épreuve, il ne faut pas regarder cette épreuve, il faut regarder là où on veut aller". C’est ce que je fais tous les jours. J’ai décidé que mes projets, je les réaliserai. J’ai encore beaucoup de choses dans ma tête. A voir et à faire. A apprendre. Pour moi, pour les autres.
Je me suis habituée aux effets secondaires parce qu’ils sont mieux gérés et parce que je sais qu’il y a toujours quelques jours de répis à chaque cycle. Je n’ai jamais rechigné à prendre mes premières gelules en début de cycle.
Sur mon lieu de travail, beaucoup de collègues sont solidaires. M’encouragent. Partagent des bons moments avec moi. On continue à rire. A travailler bien sûr. Il y a aussi celles qui continuent à penser que je ne suis qu’une maladie et que je ne suis plus bonne à rien. Qui ont essayé de me mettre dans un placard au fond du service. M’ont enlevé tout mon travail. Il faut maintenant que je me batte pour récupérer ce qui peut l’être. Ces mêmes personnes refusent de dialoguer avec moi. Et si dialogue il y a, c’est pour me culpabiliser de ne pas les remercier pour tout ce qu’elles font pour moi. C’est aussi pour me dire que je gère mal ma maladie et que dans mon état j’aurais mieux fait de rester chez moi. En gros, je les gêne.
A tel point que j’ai demandé pas plus tard qu’hier à mon médecin si mes neurones fonctionnaient encore bien avec le Sutent.
Je sais que ce n’est pas sympa ce que j’écris là. Mais est ce que je dois m’enfoncer ou m’élever ? Je préfère m’élever. Alors, je me dis que je ne dois pas me tracasser pour ces pécadilles. C’est dur de faire ça ! Mais j’ai essayé de réorganiser ma vie le jour où je pourrais enfin sortir du traitement. J’ai bien avancé dans ce sens. Si cela devient possible, oui je changerai de vie. Complètement. Il y a quelque chose de meilleur ailleurs, je le sais. Vivre de ce que je sais faire. Des mots, des couleurs, des formes. Ces quelques choses qui sortiront de moi. Parce que je sais que j’ai beaucou à partager avec les autres.
Je veux continuer à exister et je sais que je suis dans le vrai. On est tous dans le vrai. j’envoie tout mon courage à ceux d’entre nous qui vivent la même chose que moi. Le changement de regard sur notre maladie viendra des traitements bien sûr, mais surtout de nous. Continuons à nous battre.
9 octobre 2012 à 20h29 #123890Blue Guitar
ParticipantPlusieurs mois ont passé… J’ai changé de travail. Cela a été très dur pour moi de quitter ce petit univers que j’occupais depuis 18 ans.
Le comportement détestable de la responsable du service m’a obligée à faire appel aux syndicats. Le délégué a confirmé que j’étais victime de harcèlement moral. Elle ne m’adressait plus la parole, cherchait toute sorte d’erreurs que j’aurais pu faire. Un travail qu’elle jugeait de qualité quelques mois auparavant devenait à ses yeux minable. Elle refuasiat de travailler avec moi. Puis elle a essayé de me refuser une formation obligatoire. Et c’est là que tout a basculé vraiment. J’ai dû aller me former auprès d’autres collègues et la responsbale m’a fait comprendre que j’allais me promener alors qu’il y avait du travail dans le service. Travail qu’elle me m’interdisait d’effectuer.
J’étais très mal en point et j’allais travailler avec une énorme boule dans le ventre. J’ai passé mon scanner de contrôle et là, les clichés montraient qu’un ganglion avait poussé (2,7 mm). Mon médecin a augmenté le Sutent à 50. Mais cela n’a pas suffit à stopper l’avancée de la maladie. On a changé mon traitement. Je suis désormais sous Afinitor .
Sur les conseils de mon syndicat, je me suis mise en maladie tout en demandant une mobilité dans un autre service.
Ces cinq mois m’ont permis de me ressourcer et de me relever. J’ai eu le poste que je souhaitais. La Directrice sait que je suis malade, mais elle m’a fait confiance. Aujourd’hui, j’ai de nouveaux collègues de travail. Un nouveau travail pas facile, mais enfin je travaille. Et je vais de meiux en mieux moralement. Je dors mieux même si je pense souvent à mes anciennes collègues. Elles m’appelent et me voient souvent, on déjeune ensemble… même si elles me parlent de mon ancien service où rien n’a changé au niveau hiérarchique, cela ne me touche plus.
Mon médecin et ma psychologue m’ont dit de penser à moi. De faire ce qui me plait. Maintenant que le travail est passé au second plan, je peux profiter un peu plus des amis, ceux qui sont toujours là depuis le début de mes galères.
Je me suis accrochée. Il y a toujours une solution. J’ai escaladé un petit Everest et ça m’a fait du bien.
12 octobre 2012 à 10h52 #123896shila
ParticipantBonjour Blue Guitar,
Bravo pour votre Everest car j’imagine que ça n’a pas du être facile tous les jours et difficle de quitter un emploi. je suis effarée de voir le comportement de certains, c’est vraimeht affreux et sans doute le quoitidien d’autres malades du cancer. Bravo d’avoir tenu bon, et je suis contente d’apprendre que votre nouveau poste vous convient. Et vous avez raison, il faut penser à ce qui nous fait du bien, et nous aide à affronter la maladie et à vivre, vivre…
Amicalement
Shila
13 janvier 2013 à 18h19 #123975Blue Guitar
ParticipantMerci Shila pour votre message. C’est exactement celui que je veux faire passer sur le forum. Après ces longs mois sombres, aujourd’hui, de nouveau des gens me font confiance. Même en étant malade. Je ne cacherai pas que j’ai eu à m’accrocher aux branches pour ça.
Je sais très bien que pas tout le monde ne peut travailler en ^plein traitement parce qu’ils sont très fatigants et générateurs des effets secondaires que l’on a tous connu.
Mais ça vaut le coup de rester dans le vivant et de conserver ce rôle social si important dans nos vies. Je ne regrette rien de mes décisions. Finalement, aujourd’hui, je me sens tellement mieux.
Courage à vous tous et vous toutes. Et merci encore Shila.
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