Son cancer du rein, Gérard Bourrat l'avait presque oublié après être devenu à 62 ans, en 2006, le Français le plus âgé à avoir grimpé l’Everest. L'apparition de métastases aux poumons quelque temps après, en 2007, ne l'ont pas empêché de participer à la Diagonale des Fous. En 2009, quand des métastases se sont ensuite développées sur la plèvre du poumon, apprendre à vivre avec un traitement anti-angiogénique, n’était pour lui qu’un nouveau défi à relever. Changer de vie à cause de ce traitement était exclu même s'il avoue "Oui, comme tout le monde… j’ai eu des nausées, des migraines, des douleurs aiguës sous la plante des pieds et dans les paumes". Il a, au contraire, tout fait pour que "tout converge vers la vie et non pas vers ce cancer". Encouragé par ses médecins, il en a profité pour commencer l'écriture de ce livre car il avait la conviction d’avoir une expérience à partager, un message à délivrer. Quand la tumeur devint opérable après 6 mois de traitement, il ressent à nouveau le besoin de s'inscrire dans un projet. En avril 2010, au lendemain de la troisième opération, il avoue : "Je suis un homme épuisé, diminué. Comme tous les autres patients, je respire très mal et je dois me résigner à rester alité. Oui, mais mentalement je suis toujours un homme debout". Son objectif : repartir à l'assaut du toit du monde. Ses médecins, partants pour le suivre dans cette nouvelle aventure sont convaincus que cette expérience doit trouver un écho sur le plan national. Ils le mettent pour cela en contact avec la Ligue contre le cancer. Les objectifs de cette expédition baptisée "Cancer Survivant" sont clairs : "Essayer de monter aussi haut que possible pour redonner espoir à tous ceux qui suivraient l’aventure, pour leur démontrer qu’il suffit de croire et de s’inscrire dans une dynamique positive pour renouer avec la vie". Le 12 mai 2011, à son retour de cette expédition, entouré de sa famille qui l'a toujours soutenu, il est heureux et sait que "demain est un autre rêve qui se met en marche".
Gérard Bourrat n'est pas un héros, un surhomme. Ses expéditions, il les prépare minutieusement et consciencieusement. C'est un homme simple, modeste, courageux, dont l'objectif n'est pas de donner de leçons mais de partager son expérience, son éthique de vivre : "Entretenez votre corps, nourrissez-le convenablement, faites des projets, rêvez, et vous vivrez intensément, sereinement, quoi qu’il puisse vous arriver".
Dans ce livre "L'Everest, le cancer, la vie" (Editions du Cherche Midi) il livre un beau témoignage, pudique et sensible, pour tous ceux qui sont à la recherche de force, d'espoir, de foi, de vie. Il souhaite encourager chacun à réaliser ses objectifs, vivre ses rêves, quelle que soit la situation dans laquelle il se trouve.
Gérard Bourrat souhaite avant tout s'adresser aux malades, en particulier ceux qui risquent de lâcher prise à partir du jour où ils apprennent qu'ils ont un cancer. Il veut les aider à "dépasser cette maladie au quotidien, à en supporter les traitements sans perdre, ne serait-ce qu’une seule seconde, le goût des choses". Il précise : "La médecine ne peut pas tout, elle ne peut rien pour celui qui cesse d’avoir envie de vivre. Pourquoi se battre sans raison, quand on n’attend pas grand-chose de l’avenir ?". Selon lui "Savoir que la mort est peut-être au bout ne m’empêche pas de vivre chaque heure de chaque jour".
Il s'adresse également aux proches et amis des malades qui malgré leur bienveillance ne savent pas toujours comment se comporter devant eux. "J’ai eu parfois l’impression de n’être plus réduit qu’au cancer " dit Gérard Bourrat. Il leur conseille de rester eux-même, de continuer à se comporter comme avant.
Aux médecins, il veut transmettre son expérience de malade : "On ne peut pas lutter contre un ennemi dont on ne connaît rien, c’est une évidence. Au même titre que les médecins, je suis acteur de ma guérison, je dois donc avoir accès aux mêmes informations que eux".
Avec ce livre, il souhaite également contribuer à montrer l’importance de l’activité physique et de la diétiétique dans la lutte contre la maladie mais aussi pour avoir un corps sain qui supportera ensuite mieux les traitements médicaux.
J'ai rencontré la première fois Gérard Bourrat à l'occasion de notre opération "Duo contre un cancer" et j'ai découvert un homme extraordinaire et pourtant si simple et modeste mais désireux de partager son expérience. Le duo qu'il formait avec son médecin avait été intitulé "Compagnons de cordée". Je vous invite à (re)découvrir l'illustration réalisée par Nicolas Vial ainsi que le texte qui l'accompagne sur notre portail Duocontreuncancer.
Au nom des malades, merci Gérard pour ce beau témoignage et tous vos conseils pour nous aider à mieux vivre notre maladie et devenir acteurs de notre traitement. Nous avons bien compris et retenu votre message : "Chacun peut vaincre son propre Everest".
Nathalie Bedu