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Les thérapeutiques ciblées

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La cellule cancéreuse est une « machinerie complexe » au sein de laquelle de nombreux signaux sont envoyés pour déclencher sa multiplication, son augmentation de taille, sa capacité à migrer et donc à métastaser. Depuis les 15 dernières années, les mécanismes de développement des cellules cancéreuses ont été de mieux en mieux compris, ce qui a permis l'apparition des thérapeutiques ciblées et a représenté un tournant dans la prise en charge thérapeutique de nombreux cancers. Le cancer du rein a été l’un des premiers cancers pour lesquels le principe de thérapie ciblée a démontré son efficacité, ce qui a révolutionné la prise en charge des malades touchés par le cancer du rein métastatique.  

Le traitement du carcinome rénal métastatique a considérablement évolué. Pendant longtemps limité à l’immunothérapie par Interleukin2 (IL-2) et/ou Interféron (IFN), l’arsenal thérapeutique disponible s’est considérablement élargi en 6 ans. Il repose désormais sur deux classes thérapeutiques qui ont quasiment supplanté les stratégies d’immunothérapies à base de cytokines :

1. Les anti-angiogéniques inhibiteurs du VEGF :

Le rôle fondamental de l’angiogenèse dans la croissance et la dissémination tumorale est connu depuis maintenant plus de 30 ans. Pour croître, une tumeur a besoin d’un apport constant en sang et en nutriments. Pour cela, à partir d’une certaine taille (1 ou 2 mm), la tumeur doit développer de nouveaux vaisseaux sanguins (néovascularisation). L’angiogenèse est le processus de croissance de nouveaux vaisseaux sanguins à partir de vaisseaux préexistants. C’est un processus physiologique normal, que l’on retrouve notamment lors du développement embryonnaire. Mais c’est aussi un processus pathologique, primordial dans la croissance des tumeurs malignes et le développement des métastases.

Le cancer du rein métastatique représente un très bon exemple d’angiogenèse tumorale. La constatation historique du caractère très vascularisé des cancers du rein à cellules claires suggérait l’existence d’une importante prolifération vasculaire. Des travaux de recherche ont par la suite montré que l’angiogenèse tumorale était très importante dans le développement des cancers du rein. La compréhension de la biologie des cancers du rein a permis d’identifier les protéines et les voies responsables de l’angiogenèse tumorale et le développement d’une nouvelle catégorie de médicaments, les anti-angiogéniques (voir également le chapitre Angiogenèse sur cette page).

Les anti-angiogéniques utilisés actuellement contre le cancer du rein s’attaquent à deux cibles principales :

A. La protéine de signalisation VEGF (vascular endothelial growth factor) :

Il s’agit d’un facteur de croissance de l’endothélium vasculaire jouant un rôle prépondérant dans l’angiogenèse.

Le BEVACIZUMAB (Avastin)

B. Des enzymes spécifiques connues sous le nom de protéines kinases :

Ces protéines se trouvent dans certains récepteurs de facteurs de croissance situés à la surface des cellules, tel le récepteur au VEGF, mais aussi des récepteurs d’autres facteurs. Les inhibiteurs de tyrosines kinases (TKIs), en bloquant le récepteur, bloquent son fonctionnement empêchant ainsi la vascularisation de la tumeur. Il s’agit du sorafenib (Nexavar), du sunitinib (Sutent), du pazopanib (Votrient), de l’axitinib (Inlyta) et du cabozantinib (Cabometyx). Ces substances inhibent également d’autres facteurs importants qui contribuent à l’évolution du cancer du rein.

Le SUNITIB (Sutent)

Le SORAFENIB (Nexavar)

Le PAZOPANIB (Votrient)

L’AXITINIB (Inlyta)

Le CABOZANTINIB (Cabometyx)

Le LENVATINIB (Kisplyx)

2. Les inhibiteurs de la mTOR

La protéine mTOR (mammalian Target Of Rapamycin) est une enzyme de la famille des sérine/thréonine kinases qui régule, entre autres, la prolifération et la croissance cellulaires. Les inhibiteurs de cette protéine sont des analogues de la rapamycine, molécule immunosuppressive utilisée pour prévenir le rejet de greffe. En inhibant l’activité de la protéine mTOR, ils empêchent la division des cellules cancéreuses, ralentissant ainsi la croissance et la propagation du cancer.

Les inhibiteurs de la mTOR utilisés pour lutter contre le cancer du rein sont le temsirolimus (Torisel) et l’évérolimus également appelé RAD 001(Afinitor).

Le TEMSIROLIMUS (Torisel)

L’EVEROLIMUS (Afinitor)

Le nom commercial du médicament est indiqué entre parenthèses juste après le nom du prinicpe actif écrit ici en majuscule.

Ces médicaments, récemment approuvés en Europe et en France, ont permis de nombreux progrès par rapport à l’immunothérapie. Leur efficacité est meilleure et ils permettent une durée de vie et une qualité de vie globalement améliorée. Ils ont révolutionné le pronostic des cancers du rein métastatiques (voir les modalités de leur prescription dans la rubrique choix thérapeutiques, cancer métastatique).

Mais ils n’ont pas encore résolu tous les problèmes. La toxicité est généralement moindre, mais les toxicités au niveau de la peau, du système digestif (diarrhée, brûlures d’estomac, inflammation de la bouche), la fatigue, l’hypertension artérielle par exemple, sont parfois plus sévères que prévues et peuvent conduire à diminuer la posologie chez certains patients. Leur action semble limitée dans le temps, après une efficacité initiale, les traitements deviennent souvent moins efficaces avec le temps, la tumeur semblant trouver le moyen d’échapper au médicament utilisé. Il existe un certain nombre de patients qui ne répondent pas à ces traitements.

Devant cet arsenal thérapeutique, l’enjeu pour l’oncologue est maintenant de choisir, parmi ces différentes possibilités thérapeutiques, le meilleur traitement à prescrire pour chaque malade, en première ligne de traitement ou après progression de la maladie.

De nombreuses questions se posent encore. Quels sont les patients qui répondent à ces traitements et comment le prédire ? Quels sont les mécanismes de résistance aux anti-angiogéniques ? Comment gérer à long terme les effets secondaires ? Un traitement adjuvant (c’est à dire avant l’apparition de métastases) peut-il empêcher leur développement ?

La recherche continue donc activement pour savoir comment maintenir leur efficacité le plus longtemps possible, mais aussi pour enrichir les possibilités thérapeutiques envisageables pour chaque ligne de traitement.

Tout ceci donne lieu à de nombreux essais cliniques.

Pour en savoir plus :

Voir les présentations du Dr Escudier lors des Rencontres Patients A.R.TU.R. au fil des années.

Retrouvez sur notre page « Guides et fiches patients«  des fiches sur ces différents traitements ainsi que des guides pour vous aider à gérer les effets secondaires de ces traitements.

Dernière mise à jour le jeudi 15 janvier 2026